La navigation fluviale appartient à un passé récent et la batellerie a joué un rôle crucial dans l'histoire des pays de l'Adour, fleuve nourrissier. Une part importante de la production était destinée au port de Bayonne qui exportait les richesses du terroir vers les pays du nord et la péninsule ibérique. Aujourd'hui, le port, en croissance constante, perpétue les échanges et la tradition maritime de toute une région.

 

Les produits que fournit le bassin de l'Adour sont variés et les voies étaient navigables, bien après Dax, jusqu'à la fin du XIXè siècle. L'Adour et ses affluents représentaient, pour les pays qu'il baigne, une voie de trafic pour tous leurs produits : céréales, graines de lin, vins et eaux-de-vie, bois de chauffage et charpente, poteaux de mine, résine, goudron, poissons séchés et salés, minéraux, sel, terre et pierre, minerais, sable, gravier…et les riverains furent les premiers à découvrir les produits nouveaux importés des Amériques.


Des ports importants étaient établis : Ustaritz sur la Nive, Peyrehorade sur les Gaves Réunis, Dax et Bayonne sur l'Adour. Les bateaux de grande taille comme les galupes effectuaient des transports lourds entre les principaux centres commerciaux, les bachets transportaient bois, minéraux, produits agricoles mais aussi passagers et les chalibardons amenaient les vins de Chalosse entre autre. Ces bateaux à fond plat, équipés de perches et d'avirons pour les manoeuvres, disposaient de voiles et utilisaient le courant des marées pour se propulser mais ils pratiquaient également le halage depuis la berge.


Les chalands, de taille plus petite, étaient souvent couverts pour transporter produits agricoles en moyenne quantité et passagers.
En amont, où les cours d'eau ne sont plus accessibles à la marée, seul le flottage était possible. L'Adour, à partir de Tartas, charriait les pins landais. Les bois des vallées d'Aspe et d'Ossau ou de la forêt d'Iraty descendaient en radeau jusqu'à la fosse aux mâts de l'Arsenal de Bayonne où, dès le Môyen-Age, les chantiers navals jouissaient d'une excellente réputation.
Le voyage pouvait durer jusqu'à huit jours et les radeleurs étaient exposés à de nombreux obstacles.
"…c'est entre mars et juillet, alors que fond la neige et que gonflent les eaux, que les radeleurs sont le plus exposés dans la pratique de leur métier. Certaines années, ils conduisent jusqu'à trois cents radeaux jusqu'à la "fosse aux mâts" de Bayonne. Le flottage sur les Gaves est très difficile jusqu'à Peyrehorade : lit étroit, pentes fortes, fonds de roches et galets, débit torrentueux et obstacles nombreux : bancs de sables, passelis et nasses. Les radeaux s'y échouent souvent, se mettent en travers, se brisent quleques fois entraînant le naufrage des radeleurs et la perte des bois." peut-on lire dans "Mémoire du Pays d'Orthe", aux Editions Atlantica.


Pour le transport des passagers, on utilisera aussi les bacs jusqu'à la construction des ponts. Aménagé pour permettre un transport volumineux : voyageurs, pelerins, soldats, marchandises et la foule des jours de marché, ce service public payant fonctionnera de l'antiquité gallo-romaine jusqu'à la moitié du XXème siècle.


Si les bachets, pinasses, couraux et couralins sont des bateaux importés d'autres rivières, les chalands, halos, tilholes, drageurs, chalibardons et galupes sont spécifiques à l'Adour.


Le chaland est le plus ancien de ce type de bateau. On peut voir un exemplaire au Musée de la Mer de Biarritz et le vestige d'une pirogue monoxyle, son ancêtre, taillée dans un tronc d'arbre au Musée d'Arthous.
Pointu aux deux extrémités et à fond plat, sa longeur varie entre 4,50 m et 8,50 m. On suppose qu'il était propulsé par deux rameurs à l'avant, le patron se tenant à l'arrière, la marchandise et les passagers installés au milieu de l'embarcation. Certains étaient munis d'une petite voile et le marquis de Folin dans "Souvenirs de marine" indique qu'il "…sert à traverser l'Adour à Bayonne ; il est peint à l'aide d'ocre rouge et de goudron de bois". Certains chalands essentiellement destinés au transport de personnes appartenaient aux maisons de maître et aux châteaux bordant l'Adour et sont décrits comme peints de couleurs vives et pourvus d'un dais pour abriter les passagers.

La galupe, symbole de la navigation sur l'Adour, désignait jusqu'au XVIII ème siècle aussi bien un bateau de pêche que de transport. C'est un bateau de grande largeur, de 3 à 5 mètres, à l'avant pointu, à l'arrière carré et peut mesurer de 9 à 24 mètres. Toutes sont équipées d'un grand aviron de queue en guise de gouvernail, elles étaient parfois pourvues d'une voile carrée de 25m2. Elle pouvait transporter jusqu'à 80 tonnes de marchandises. Pour leurs déplacements, elles se servent des avirons pour les petites manoeuvres mais les grandes galupes, qui naviguent par paires utilisent principalement le halage par attelages de boeufs. A Hastingues, une petite galupe servira de bac tout au long du XIX ème siècle.


La tilhole et le dragueur ont disparu vers le milieu du XIXème siècle. Leur taille varie de 4 à 5 mètres pour la tilhole et à 10 mètres pour le dragueur et est déterminée par leurs fonctions respectives, pêche ou transport lourd. La tilhole se caractérise par ses proportions ramassées, elle est à la fois haute, large et arrondie. Le tilholier, dont il nous reste un chant qui résonne encore parfois dans une fête, ramait de façon particulière du fait de sa position éloignée des avirons. C'était avant tout un bateau de pêche aux gros poissons, saumons, aloses, esturgeons. Elle a progressivement été remplacée par le couralin.


Dans les vues anciennes de Bayonne, le chalibardon est représenté comme un grand bateau d'environ 20 mètres de long et au moins 3,50 mètres de large. D'architecture similaire à la tilhole, ce bateau du XIX ème siècle était pourvu d'un mât de halage et d'une voile ainsi que d'un gouvernail, comme la galupe son ancêtre, avec deux avirons et un marinier.


Le halo quant à lui, est un bateau spécifique à la Nive qui se caractérise par son étroitesse, 1,20 mètres au maximum et sa grande longeur, environ 12 mètres. Pointu aux deux extrémités, son fond est plat. "Les grands halos servaient au transport des grains de Bayonne aux moulins d'Ustaritz sur la Nive et au retour des farines ; les halos courts servaient de bacs et de transports agricoles ; le fourrage était transporté sous la forme d'un long boudin serré dans un filet chargé et déchargé par roulement sur des perches. Ils servaient aussi, dans les dernières années du XIX ème siècle, à la descente touristique de la Nive entre Cambo et Ustaritz." précise François Beaudoin dans "Les bateaux de l'Adour".


Tous ces bateaux déjà mentionnés sur l'Atlas Colbert dès 1679 et leur caractère commun laissent à penser qu'ils avaient comme origine la pirogue ancestrale.
Sur le fleuve en amont, aujourd'hui seuls les couralins croisent les bateaux-mouche et les quelques barques plus puissantes des pêcheurs maritimes.Les cales, les anciens appontements, les anneaux d'amarrage, les quais, tout rappelle la grande batellerie qui fit les heures de gloire de ce fleuve nourricier.


Mais à la Barre du Boucau, le trafic qu'engendre le port de Bayonne est en nombre croissant. Situé à égale distance des ports de Bordeaux et Bilbao, il bénéficie d'une situation géographique privilégiée et est devenu un outil au service du développement économique régional et transfrontalier. Point stratégique d'échanges européens, il offre une plate-forme logistique de premier plan capable d'accueillir tous les trafics (vracs solides et liquides, marchandises diverses, produits méttalurgiques, containers, ro-ro, cabotage, colis spéciaux…). Les navires proviennent de toutes les destinations, Rotterdam, St Petersburg, Immingham, Douala…


Par ailleurs, l'activité croisière recèle de fortes potentialités et contribue au renforcement de l'activité touristique. La côte basque dispose, avec la baie de Saint-Jean-de-Luz et le port de Bayonne, de deux sites d'escales privilégiés pour les navires de croisières. Les paquebots accostent au quai Edmond Foy, à quelques centaines de mètres du centre historique de la ville, et bénéficient d'excellentes conditions de mouillage ainsi que de l'ensemble des services portuaires et nécessaires à l'accueil des passagers. Au cours des dernières années, de nombreux paquebots ont fait escale à Saint-Jean-de-Luz et à Bayonne. De quoi redonner au fleuve ses titres de noblesse.
 

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