On peut remonter le chemin de halage à pied, à cheval, en vélo, en bateau ou en voiture de Bayonne à Dax et même au-delà, mais aussi de Lahonce à Peyrehorade ou de Bayonne à Ustaritz par la Nive… C'est une balade parfaitement bucolique, une escapade qui ressource, le chemin idéal pour découvrir l'histoire, l'architecture, la gastronomie, les traditions, les hommes de l'Adour.

 

Pour suivre ces chemins, il faut prendre le temps. Du temps où on halait, la distance parcourue en fin de journée ne dépassait guère 18 à 20 kilomètres. Jusqu'au XVII ème siècle, hormis les marées, le principal moteur était l'homme. L'évolution des bateaux de l'Adour au cours du XVIII ème sicèle permit l'accroissement de leur chargement et l'augmentation du tonnage impliqua l'utilisation d'un moteur plus puissant, l'animal. Cheval, mulet ou boeuf. Arnaché de sangles, il fallait tirer une, voir deux chaloupes. Ce travail était lent et pénible. On halait seul, en famille, ou bien plus nombreux comme les archives le relatent : "en 1648, les Bayonnais avaient vu, avec ahurissement, aborder dans leur port trois bateaux chargés d'ardoise conduits par cinquante hommes qui venaient de plus de 22 lieues en amont". Quatre-vingt kilomètres!


On entend des histoires comme ça, des chargements de bois incroyables tirés par une armée de boeufs et qui avant d'entrer dans Bayonne, faisaient escale dans ces auberges-relais-de-poste. A Guiche, à peine plus de cinquante ans en arrière, il restait encore cinq de ces auberges et dans chacune d'elles les murs se souviennent d'au-moins un grand chahut. Chaque accostage provoquait une animation, le métayer du bord de l'eau s'occupait des bêtes et des manoeuvres, on prenait les nouvelles d'à côté, on ne s'appelait pas sur un portable pour se demander "t'es où?", on savait où on était et à qui on parlait. Des vieux qui ont connu tout ça, on en croise encore le long du chemin. On partageait la chopine pour se requinquer avant de repartir avec la prochaine marée. Parfois on restait sur place pour s'abriter quand le ciel annonçait un coup d'Adour. Parce que même en halant, parfois on s'échouait, et c'était tout perdre. Le halage fut en usage le long des berges de l'Adour jusqu'à l'apparition du moteur diesel dans les années 20. Il nécessita de lourds investissements de temps et d'argent car il fallait aménager un chemin continu le long des rivages parcourus. Le Parlement de Pau ordonna aux communes de "couper et ôter les arbres et les buissons qui pourraient empêcher qu'en remontant les bateaux, les hommes et les chevaux les puissent tirer facilement".


En suivant ce chemin dessiné par et pour les hommes, il faut être disponible. Respirer au rythme du fleuve, s'arrêter, se poser sur la berge, se faire oublier des hérons, des poules et des aigrettes.
La nuit, vers le Boucau, Tarnos, Anglet, Bayonne, on y voit les reflets du feu des usines, des ponts éclairés, des cabines englouties d'un paquebot, de la citadelle. Plus on s'éloigne de l'embouchure, du moteur de l'océan, de la circulation des quais, des ponts où passent le rail et l'autoroute, plus on pénètre le silence du fleuve. C'est un silence vivant, un silence de campagne.


Plus loin, quand le jour se lève avec la marée, la rive gauche landaise et la rive droite basque s'éveillent pareillement. Le soleil fait feu en rasant l'horizon et la brume s'échappe comme une volute de fumée lèchant les îles de Broc ou de Berenx, s'évaporant des barthes, des champs, des jardins gorgés d'eau. Le rideau se lève et le spectacle commence. Les maisons ont de la carure. Massives propriétés que l'argent ramené "des Amériques" ont permis de bâtir et qui portent leur nom "California", "Salvador"… Les fermes semblent être là depuis toujours. Avant, le bétail était au rez-de-chaussée et les hommes à l'étage parce qu'il y fait plus chaud et surtout plus sec les jours de crue.


Dans le fleuve, c'est le face à face de deux rives qui s'y reflètent et s'y confondent, l'amont, l'aval, intimement liés par la même histoire. Côté Landes, la route est beaucoup plus étroite mais plus tranquille aussi et semble parfois traverser les maisons. Dans un virage, passé Saint-Barthélémy et Saint-Laurent-de-Gosse, la route devient chemin jusqu'au Bec-du-Gave et se poursuit entre barthes et champs de maïs jusqu'au pont qui traverse l'Adour, tout près de Port-de-Lanne. On remonte alors vers Dax en s'éloignant du fleuve après Saubusse, ou on se dirige vers Peyrehorade en rejoignant les Gaves Réunis en traversant les vergers de kiwi, par Orthevielle. Mais le vrai chemin de halage se trouve rive droite et longe l'Adour depuis Bayonne, Mouguerre, Lahonce, Urcuit, Urt, Guiche puis les Gaves par Hastingues jusqu'à Peyrehorade. Ses affluents, la Nive, l'Ardanavy, l'Aran, la Bidouze sont autant de découvertes qui méritent le détour.


C'est un fleuve qu'on rencontre un jour et qu'on oublie jamais. Il est imprévisible, il se perd dans des dédales que seules la flore et la faune peuvent atteindre. Il surprend, par derrière, par devant, il avance, il marche à côté des hommes, il travaille avec eux. C'est leur associé, leur partenaire pour la vie car c'est ce fleuve qui a donné corps à toute une région en le dotant de ce bassin fertile.
 

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